TOM POUCE : MATERNITE SANS FRONTIERE

 

Fondée en 1987 par l’association « les femmes et les enfants d’abord, secours aux futures mères », la maison Tom Pouce ouvre ses portes campagnardes à toutes les futures mamans qui manquent d’un toit pour mener à terne leur grossesse. Alternative à l’avortement, elle a déjà accueilli plus de 500 jeunes femmes dans une atmosphère familiale. Quatre animatrices les aident à retrouver l’espoir et à développer toujours plus d’amour pour leur bébé.

 

Par Florence BRIERE-LOTH

        

 

 

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ouze jeunes femmes autour d’une table dressée dans un jardin calme, à l’ombre du soleil de juillet. Douze ventres ronds. C’est le tableau rassurant et paisible qu’offre la Maison de Tom Pouce, perdue dans un petit village, non loin de paris. Une maison carrée, banale, aux volets grenat, meublée simplement mais qui cache un grand jardin vert où se retrouvent les futures mères.

A « Tom Pouce », on accueille toutes les jeunes femmes enceintes qui le désirent, sans aucun critère de sélection. « Ici, c’est maternité sans frontières, pour être une véritable alternative à l’avortement », se plait à répéter Marie-Noëlle. La seule restriction : on n’amène pas d’enfant et le séjour s’arrête à la date de l’accouchement. « Nous ne lâchons pas pour autant les mères dans la nature, explique Laurence. Nous les aidons à trouver une structure d’accueil où elles pourront rester avec leur bébé. » Le but du foyer ? Aider ces jeunes mamans à mener à terme leur grossesse, dans la paix et l’amour.

 

 

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’association est jeune encore : Elle aura 6 ans en septembre prochain. C’est en 1987 que Marie-Noëlle David s’est installée – avec les clés, sa pelle et son balai – dans cette première maison, vide depuis 1983 et donnée toute équipée par un ami de l’association.

Depuis, la maison sarthoise de « Tom Pouce »a vu le jour en 1990 : elle peut recevoir les femmes enceintes accompagnées d’enfants encore accrochés à leur jupe. Aujourd’hui, la troisième maison ouvre ses portes, dans la Marne.

Très vite, les premières mamans sont arrivées. Marie-Noëlle David, à peine sortie de l’école d’assistante sociale, et après trois ans à la Faculté de Philosophie Comparée, a décidé de travailler pour le respect de la vie. A la suite du Congrès de la Famille à Paris, à l’automne 1986, elle propose ses services à Geneviève Poullot, secrétaire générale de l’association « Les femmes et les enfants d’abord, secours aux futures mères ». Les choses ne traînent pas : depuis longtemps l’association voulait ouvrir un foyer, elle avant la maison mais personne pour s’en occuper.

Avec sa formation Marie-Noëlle est taillée sur mesures. On lui donne les clés, et au travail ! « J’ai rencontré& ici une véritable entraide ; les voisins, les commerçants savent que nous vivons à 90% de dons : à Noël, on nous a donné des cerises et du champagne. Nous marchons vraiment avec la providence et avec sainte Rita ! » Même si l’association n’est pas confessionnelle, la foi reste le moteur de toutes les permanentes de Tom Pouce. Laurence Mathieu a été la première animatrice à rejoindre Marie-Noëlle, suivie par Carine et Elisabeth. Aujourd’hui, la maison tourne avec ces quatre animatrices, âgées de 21 à 30 ans, salariées à plein temps, toutes munies d’expérience ou de diplômes dans le secteur socio-éducatif. A tour de rôle, elles se relaient pour assurer une présence nuit et jour, dimanches et jours fériés, auprès des mamans, avec horaires à la demande.

 

 

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u début, les services sociaux les ont regardées avec méfiance : une structure privée qui, de surcroît, s’oppose à l’avortement ! C’était compter sans le dynamisme et le professionnalisme des animatrices : « afin de toucher un large éventail de population, nous sommes ouverts à toutes les demandes des services sociaux quels qu’ils soient : les mairies, les centres de PMI, les juges pour enfants quand les mamans sont mineures, ou même parfois les maisons d’arrêt, remarque Marie-Noëlle. Maintenant, à force de nous voir travailler, ils constatent que nous fonctionnons comme un établissement normal et nous envoient des jeunes femmes. » Aujourd’hui, la DDASS apporte une petite aide à l’association, sous certaines conditions, pour les situations les plus difficiles ; pour les autres, c’est l’association qui les prend en charge.

D’où viennent les futures mamans ? De tous milieux et pas forcément des plus défavorisés. « Elles ont en commun une blessure affective, à cause d’une famille monoparentale ou d’un problème de couple chez leurs parents, constate laurence. Certaines sont mariées et ont d’autres enfants, certaines sont en fugue depuis plusieurs mois. Ce matin, nous avons vu arriver une mineure qui dormait dans les trains depuis des semaines. Une autre vient d’une famille bourgeoise du XVIIe arrondissement ; elle a été mise à la porte de chez ses parents à cause de sa grossesse. » Les jeunes mères apprennent l’existence de Tom Pouce par les services sociaux, par l’association ou encore par le bouche à oreille. Avant de s’installer à Tom Pouce, les mamans ont toutes rencontré Marie-Noëlle à Paris pour savoir si la maison, avec son règlement et son mode de vie, répond à leur demande. Aïcha était trop instable pour supporter le règlement (le même que dans les services sociaux publics) ; elle a très vite quitté la maison mais c’est elle qui a convaincu son amie enceinte d’aller s’y installer : « moi, je ne pouvais pas tenir, mais c’est super ! » Dix jours après l’arrivée d’une jeune femme, on choisit parmi les éducatrices celle qui sera sa référente, c' est-à-dire son interlocutrice privilégiée dans la maison. Le séjour dure, en général, sept mois, de deux mois de grossesse jusqu’à l’accouchement. A moins qu’elles aient trouvé une structure d’accueil différente. Mais les hébergements n’accueillent les mères qu’à partir de sept mois de grossesse, que se soient les centres maternels ou les CHRS (Centres d’Hébergement et de Réadaptation Sociale). « Nous essayons le plus possible de leur laisser accomplir seules leurs démarches administratives, explique Marie-Noëlle. Elles voient ainsi de quoi elles sont capables et cela leur redonne confiance. » La plupart des jeunes mères n’ont aucun revenu si ce n’est les allocations familiales ou les indemnités journalières ; c’est Tom Pouce qui prend en charge leurs dépenses en cas de besoin avec promesse de remboursement dès qu’elles le pourront.

 

 

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a maison n’est pas grande ; Elle a juste la taille qui convient pour garder une atmosphère familiale. Elle peut accueillir 12 mamans au maximum, en se serrant un peu, plus l’éducatrice de nuit. Un lit ne reste pas longtemps inoccupé. Une jeune mère part accoucher, elle est vite remplacée. Ici, la vie est simple : « les filles font la cuisine et le ménage à tour de rôle, explique carine. Elles composent le menu avec nous. Quant aux animatrices, elles doivent être polyvalentes : nos taches vont du traitement des dossiers au jardinage, sans oublier un coup de pinceau par-ci, du bricolage par-là, et, bien sûr, la conduite à l’hôpital pour certaines visites médicales et même pour l’accouchement. » Un coup de cafard ? On en parle : « presque toutes nos mamans ont des insomnies le premier mois de leur arrivée ; tous les soucis liés à leur situation ressortent la nuit, constate Marie-Noëlle. Nous sommes habituées à les voir débarquer dans notre chambre ; à ce moment là, on met un matelas de plus et elles dorment au pied de notre lit. » Les animatrices ont d’abord un rôle d’accompagnement. « Au début, c’est difficile d’établir la confiance avec les jeunes mères, constate Carine. Elles nous mettent à l’épreuve car elles ont beaucoup souffert et ne croient plus à la véritable amitié que nous leur témoignons. Il nous faut une grande patience et c’est dans les petites attentions du quotidien qu’elles sont touchées. » Si la confiance s’installe, il n’y a plus d’obstacle au message. « Tout au long de leur séjour, nous parlons avec elles de leurs projets, raconte Laurence. Que vais-je aire ? Comment voir la vie avec mon bébé ? Pourquoi le garder ? » Une chose est de mettre au monde un enfant, une autre de l’élever. L’adoption reste une solution possible. « Sur la centaine de mamans qui passent ici tous les ans, trois en moyenne accouchent sous X, en vue d’une adoption », continue Laurence.

A Tom Pouce, le bébé est roi. Tout est centré sur lui. « Toutes ces mamans qui parlent de leur bébé, ça finit par faire aimer le sien », confie Amina, une jeune algérienne de 27 ans. Souvent, quand une maman arrive, même à 6 mois de grossesse, on ne voit pas qu’elle est enceinte. « C’est presque une constante, remarque Marie-Noëlle. Les bébés arrivent ici atrophiques : ils se cachent, on dirait qu’ils essaient de se faire oublier tellement leur venue cause de tracas à leur mère. Au bout de trois semaines au calme, dans l’amour et la paix, tout à coup on voit le ventre qui commence à pointer. Le bébé se sent en sécurité et il prend sa place. » Les animatrices apprennent aux futures mères à parler à leur bébé, à prendre soin d’elles, pour le bien-être de leur enfant. Une grande activité : le trousseau. « Cela change bien les idées, constate Pélagie, une ivoirienne de 18 ans, et puis ça apprend à penser au bébé. » Régulièrement, une sage femme et une puéricultrice conseillent les jeunes mères. « Avec elles nous discutons de l’éducation de l’enfant, des soins à lui donner, des choses dont on ne nous a jamais parlé » raconte Claire, une jeune Française de 17 ans.

 

 

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e moment de l’accouchement est extrêmement valorisé : « Nous prévenons l’assistante sociale, nous faisons des photos, nous apportons des fleurs et des petits cadeaux, pour que ce soit vraiment une fête », explique Carine. Après la naissance, la maman ne revient plus à Tom Pouce, sauf pour chercher ses affaires. « La séparation est souvent très dure, remarque Marie-Noëlle. A la maison, elles ont trouvé un réconfort, un soutien et une écoute. Elles appréhendent l’avenir et souvent elles pleurent. » Les ponts ne sont pas coupés pour autant : il n’y a pas de journée sans appel d’une ancienne pour annoncer qu’elle a un travail, que son enfant a eu sa carte d’identité ou tout simplement qu’elle va se marier. « Dernièrement, nous avons profité du mariage d’une ancienne ici, raconte Carine, pour repeindre la salle à manger. » Après plusieurs mois passés ici, Amina dit simplement : « ici, j’ai trouvé ce que je cherchais. Je me suis sentie comme dans ma famille. »

Florence Brière-Loth

Famille chrétienne n°817