Décembre 2004    

LE QUOTIDIEN DE LA MAISON DE TOM POUCE

Numéro 1

Face aux nombreuses situations de détresse que nous rencontrons nous essayons de toujours répondre présent. Voici l’histoire de Lydia, jeune femme bulgare que nous accueillons dans notre maison depuis quelques mois...
L’urgence, l’accueil, le soutien…

Le téléphone sonne, un travailleur social nous contacte au sujet d’une jeune femme de 14 ans enceinte de 3 mois ½, en situation de détresse.

D’origine bulgare, elle a été mariée de force et expatriée vers la France par son mari.

Enceinte, elle devient une gêne et subit des pressions afin qu’elle mette un terme à sa grossesse.

Situation d’urgence, risque de violence physique, la jeune femme est accueillie le soir même au sein de notre maison.

Prévenues de l’arrivée d’une « nouvelle », les autres pensionnaires l’attendent avec impatience, discutant dans le grand jardin derrière la maison.

Elle est très jeune, elle est inquiète, et de plus ne parle que quelques mots de français. Difficile pour cette jeune fille expatriée, enceinte et rejetée d’être sereine et détendue.

A son arrivée, la maison est occupée par 10 pensionnaires : restent les deux lits d’urgence toujours prêts. On lui donne un nécessaire de toilette (brosse à dent, gel douche, serviettes de toilette, dentifrice…), quelques vêtements et un cadeau de bienvenue, comme à chaque nouvelle admission au sein de la maison. On lui fait visiter les lieux, ses nouvelles colocataires lui montrent leur lieu de vie, chambres, salles de bains, salon, cuisine….

La maison est relativement grande et tout le monde doit s’y sentir bien.

Son lit est prêt, Lydia installe ses affaires avec l’aide d’une éducatrice. Ce temps est l’occasion pour notre équipe de discuter avec elle et de la rassurer.
Pendant qu’elle s’installe, on s’active à la cuisine. Les mamans ont prévu un repas typique : hamburger/frites !!
 

Lydia passe la soirée avec « les filles », on rigole, on essaye de lui apprendre quelques nouveaux mots de français. Ici on ne lui demande rien sur sa situation. Elle est libre d’en parler si elle le désire….

Chacune sait que les histoires personnelles des autres sont difficiles…..

Quelques temps ont passé, Lydia est dans notre maison depuis 4 semaines. Depuis son arrivée, les choses ont changé : une pensionnaire a accouché libérant ainsi sa chambre et Lydia a quitté le lit d’urgence.

Elle est plus sereine et commence à plaisanter en français. Elle fait des progrès et développe considérablement son vocabulaire.

Son ventre s’arrondit de jour en jour et son sourire prend plus de place encore sur son visage.

Après une période difficile d’insomnies, cauchemars et angoisses, elle s’est détendue et a pris confiance en l’équipe.

Nous mettons un vrai travail en place : rendez-vous pour les échographies, préparation psychologique à l’accueil du bébé, rendez-vous avec une sage-femme et préparation du trousseau avec tout le matériel nécessaire pour accueillir le bébé dans les meilleures conditions. Elle apprend à tricoter et confectionne de la layette pour son bébé.

Nous pensons également à l’après …. En effet, nous accueillons les jeunes femmes jusqu’à l’accouchement, il nous faut donc envisager, avec elle, une solution post natale.

 

Lydia veut accoucher en Bulgarie et élever son enfant auprès de ses parents. Démarches auprès de l’ambassade, des travailleurs sociaux et de la famille dans le pays d’origine, aidées d’une traductrice…  tout est mis en œuvre pour que les projets d’avenir de la jeune femme se mettent en place.

Seulement, le retour dans son pays n’est pas possible pour le moment. En effet, ses parents demeurent impossible à joindre et les risques sont trop importants pour la future maman. La nouvelle lui est difficile à entendre car elle souhaite plus que tout être auprès de ses parents. Mais elle sait que son séjour en France n’est que temporaire, le temps que les choses se mettent en place…

En attendant, Lydia cherche donc une famille d’accueil qui pourra la recevoir avec son enfant. Elle est heureuse à cette idée… et se concentre sur l’accueil de son bébé, dont la naissance approche à grands pas.

Nous sommes maintenant au mois d’Octobre. Lydia a accouché de son petit Gabriel. Il pèse 3,8 kg, il est tout blond et réagit au son de la voix de sa maman. Elle est fière de son fils, et attend avec impatience de le présenter aux « mamans Tom Pouce » et à chacun des membres de notre équipe. Nous passons régulièrement les voir à la maternité pour prendre de leurs nouvelles, lui amener du linge propre et distraire un peu la jeune maman.

A sa sortie de maternité, Lydia partira en province : une famille d’accueil l’attend. Là bas, elle pourra continuer ses démarches pour retourner dans son pays. Lydia est aujourd’hui paisible, et, malgré son jeune age, témoigne d’une grande patience et d’un solide savoir-faire.


L’Equipe

Chaque future maman que nous rencontrons nous touche et nous pousse par sa force et sa détermination à poursuivre notre action.
C’est grâce à votre soutien que nous pouvons aider tous les jours plus de mamans. Merci de votre aide…